Défèrement
Défèrement
Tout comprendre au défèrement
Qu'est-ce que le défèrement ?
Le défèrement est la procédure par laquelle une personne, à l'issue de sa garde à vue, est conduite physiquement devant le procureur de la République. C'est un moment charnière : c'est à ce stade que le procureur décide des suites judiciaires à donner à la procédure, après avoir entendu la personne et pris connaissance du dossier d'enquête.
Le défèrement n'est pas une condamnation, ni même une mise en cause définitive. C'est une orientation procédurale. Mais ses conséquences immédiates peuvent être considérables — y compris une incarcération dans les heures qui suivent.
Qui peut être déféré ?
Toute personne placée en garde à vue peut, à l'issue de celle-ci, être déférée devant le procureur si ce dernier estime que les éléments du dossier justifient des suites judiciaires immédiates. Le défèrement suppose donc qu'une garde à vue ait eu lieu au préalable.
Le procureur n'est pas tenu de déférer : il peut aussi décider de libérer la personne à l'issue de la garde à vue, en lui remettant une convocation devant le tribunal à une date ultérieure, ou en classant l'affaire sans suite.
Lorsqu'il décide de déférer, c'est qu'il considère que la situation appelle une décision immédiate — soit parce que les faits sont suffisamment établis pour un jugement rapide, soit parce qu'il envisage une mesure de contrainte (détention provisoire, contrôle judiciaire).
Comment se déroule concrètement le défèrement ?
À l'issue de la garde à vue, la personne est conduite dans les locaux du parquet — au tribunal — pour être présentée au procureur. Cet entretien, bref dans la plupart des cas, permet au procureur de notifier à la personne les faits qui lui sont reprochés et de l'informer de la suite qu'il entend donner à la procédure.
L'avocat peut être présent à ce stade. C'est un droit expressément reconnu : la personne déférée a le droit d'être assistée par son avocat lors de la présentation au procureur. Cette présence est loin d'être anodine — elle permet à l'avocat de prendre connaissance des orientations envisagées, de faire valoir des éléments favorables à son client avant que la décision ne soit arrêtée, et de préparer immédiatement la suite selon l'orientation choisie par le parquet.
Quelles sont les suites possibles d'un défèrement ?
À l'issue de la présentation au procureur, plusieurs orientations sont possibles. C'est précisément ce moment d'incertitude que les familles cherchent à comprendre en urgence.
1. La comparution immédiate
Le procureur estime que le dossier est prêt à être jugé et que les faits justifient un jugement sans délai. La personne est renvoyée devant le tribunal correctionnel pour être jugée le jour même, ou le lendemain matin si le défèrement a eu lieu en soirée — auquel cas elle passe la nuit au dépôt. C'est l'issue la plus immédiate : la personne peut être condamnée et incarcérée dans les heures qui suivent le défèrement.
2. La comparution à délai différé
Introduite par la loi du 23 mars 2019 (article 397-1-1 du Code de procédure pénale), cette procédure s'applique lorsque les conditions de la comparution immédiate sont réunies — charges suffisantes, infraction punie d'au moins 6 mois d'emprisonnement en flagrance ou 2 ans hors flagrance — mais que l'affaire n'est pas encore en état d'être jugée parce que des actes d'enquête n'ont pas encore produit leurs résultats : analyses toxicologiques, exploitations téléphoniques, examens techniques ou médicaux.
Le procureur saisit alors le juge des libertés et de la détention (JLD), qui peut placer la personne sous contrôle judiciaire, sous assignation à résidence avec surveillance électronique, ou en détention provisoire dans l'attente du jugement. L'audience devant le tribunal doit avoir lieu dans un délai maximum de deux mois. Au-delà, toute mesure de sûreté ordonnée par le JLD prend fin d'office.
C'est une procédure particulièrement sensible pour la défense : le délai de deux mois, loin d'être une contrainte, est une fenêtre de préparation que l'avocat doit exploiter pleinement — tant pour contester la mesure de sûreté en appel devant la chambre de l'instruction que pour construire le dossier en vue de l'audience.
3. La convocation par procès-verbal avec contrôle judiciaire (CPVCJ)
Prévue par l'article 394 du Code de procédure pénale, la CPVCJ est utilisée lorsque le procureur souhaite faire comparaître le prévenu devant le tribunal dans un délai compris entre 10 jours et 6 mois, tout en estimant qu'une mesure de contrainte est nécessaire dans l'attente de cette audience. Il saisit alors le JLD pour que la personne soit placée sous contrôle judiciaire.
Cette procédure est fréquemment utilisée en matière de délits routiers — pour imposer une interdiction de conduire dans l'attente du jugement — ou de violences conjugales, pour ordonner un éloignement du domicile familial. L'audience de jugement peut intervenir jusqu'à six mois après le défèrement.
L'audience devant le JLD est un moment décisif : c'est là que se décident la nature et les modalités des obligations imposées. Un avocat présent peut peser sur l'étendue du contrôle judiciaire proposé par le parquet.
4. La comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC)
Le procureur peut proposer une peine à la personne déférée, qui peut l'accepter ou la refuser en présence de son avocat. Si elle accepte, la peine est soumise à l'homologation d'un juge lors d'une audience publique qui se tient le jour même. Si elle refuse, l'affaire est renvoyée devant le tribunal correctionnel pour être jugée selon la procédure classique.
L'entretien avec le procureur dans le cadre d'un défèrement en CRPC est bref et contraint. C'est précisément là que l'avocat présent dès la garde à vue fait la différence : il connaît déjà le dossier, a préparé son client, et peut influencer la proposition du parquet avant même qu'elle ne soit formulée.
5. L'ouverture d'une information judiciaire
Dans les affaires complexes ou les plus graves, le procureur peut décider de saisir un juge d'instruction. La personne déférée est alors présentée au juge d'instruction pour un interrogatoire de première comparution, à l'issue duquel elle peut être mise en examen, et placée sous contrôle judiciaire, ou placée en détention provisoire après avoir comparu devant le Juge des libertés et de la détention. Cette orientation concerne les dossiers nécessitant des investigations approfondies : affaires criminelles, réseaux structurés, infractions impliquant plusieurs personnes.
Le dépôt : ce que vivent les familles
Lorsque le défèrement intervient en fin de journée ou en soirée, la présentation au procureur ne peut pas avoir lieu immédiatement. La personne est alors placée au dépôt — les cellules situées dans les locaux du tribunal — dans l'attente de sa présentation le lendemain matin.
Cette nuit au dépôt est souvent l'une des périodes les plus difficiles à vivre, tant pour la personne concernée que pour ses proches. Elle survient après une garde à vue, dans un environnement inconnu, sans information claire sur ce qui va se passer le lendemain.
Les familles doivent savoir que leur proche n'est pas incarcéré au sens propre — il n'est pas encore en maison d'arrêt — mais qu'il n'est pas non plus libre. L'avocat, contacté dès ce stade, peut préparer la présentation au procureur du lendemain, et anticiper l'audience si une comparution immédiate est envisagée.
Pourquoi le défèrement est-il un moment décisif pour la défense ?
Le défèrement concentre en quelques heures des décisions qui vont conditionner toute la suite de la procédure. L'orientation choisie par le procureur — comparution immédiate, CRPC, instruction — n'est pas entièrement figée avant la présentation : elle peut être influencée par les éléments que l'avocat porte à la connaissance du parquet, par la situation personnelle du prévenu, par les garanties de représentation qu'il présente.
Un avocat qui intervient dès la garde à vue — et non seulement à l'audience — est en mesure d'agir sur cette décision d'orientation. Il peut plaider pour une CRPC plutôt qu'une comparution immédiate, faire valoir des éléments qui militent contre une détention provisoire, ou préparer son client à l'entretien avec le procureur de façon à ce que cet échange se déroule dans les meilleures conditions possibles.
Attendre l'audience pour contacter un avocat, c'est laisser se prendre les décisions les plus importantes sans défense.
Votre proche vient d'être déféré ?
Chaque heure compte. Le cabinet intervient en urgence, y compris en soirée et le week-end, pour assister la personne déférée lors de sa présentation au procureur et préparer la suite de la procédure. Contactez le cabinet pour un premier échange immédiat.
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